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jeudi 13 février 2014

Ideal Standard : les effets positifs d'une stratégie de marque

En 2013, sur un marché français de la salle de bains toujours déprimé, le groupe Idéal Standard a pourtant terminé l’année en croissance. Résultat d’un travail mené depuis cinq ans sur ses marques Idéal Standard, Porcher et Jado.

Selon les chiffres annoncés hier par le fabricant, le marché de la salle de bains a continué de marquer le pas l’an dernier dans l’Hexagone. Avec un repli de -7 % en valeur (à 1,277 Md€) et de l’ordre de -5 % en volume.« Notre chiffre d’affaires a progressé de 2 % à 3 % et nous avons pris des parts de marché tant sur la marque Idéal Standard que sur Porcher qui est pourtant positionnée sur les secteurs très concurrentiels du collectif, du tertiaire, de la santé et du résidentiel neuf », s’est félicitée Véronique Ollivier, directrice générale France. Seule la marque de robinetterie haut de gamme, Jado, aura « souffert » l’an dernier.
Sur un marché encore loin d’être atomisé, le groupe estime avoir dépassé la barre des 6 % de parts de marché (en valeur). Désormais, il occuperait la 2e place (ex æquo avec Grohe et Jacob Delafon) derrière Allia, le numéro un en France. Pour Véronique Ollivier, « c’est le résultat d’une stratégie de marques adaptée à chaque canal de distribution et mise en place depuis cinq ans ».


Simplifier l’acte d’achat

S’appuyant sur « une importante équipe de prescription » (11 personnes), Porcher - le cœur d’activité du groupe – va d’ailleurs bénéficier cette année de nouveaux outils. Adossée à une nouvelle charte graphique (la goutte d’eau), la marque s’appuie dorénavant sur un logo inédit « pour se démarquer encore plus de nos deux autres marques, Ideal Standard et Jado », indique Delphine Fragai, directrice marketing pour la France.
Afin de « simplifier au maximum l’acte d’achat », les catalogues et brochures techniques adoptent maintenant une entrée de lecture par collection, par destination (collectivité, santé, scolaire…) ou encore par bénéfice produit (accessibilité, économie d’eau, hygiène). « Cette approche ciblée permet d’apporter une réponse produits précise auprès des professionnels grâce à une segmentation très claire qui porte sur des gammes complètes (céramique, robinetterie et accessoires) », argumente Delphine Fragai.
En outre, un nouveau site internet dédié à la prescription va être lancé d’ici au mois de septembre dans le même esprit que l’outil déployé depuis environ un an par la filiale britannique du fabricant.


Visibilité optimisée

De son côté, Ideal Standard n’est pas en reste. Afin de « la hisser en tant que marque leader reconnue sur son marché [le secteur de la rénovation en résidentiel et hôtellerie : NDLR], nous améliorons encore la visibilité de la marque au comptoir des négoces et en libre-service. Avec, entre autres, des packagings clairement identifiés (couleurs, pictos pour les bénéfices produits, schéma technique pour la robinetterie…). Notre objectif est de simplifier et sécuriser l’acte d’achat », détaille Véronique Ollivier. Là aussi, la segmentation de l’offre s’affine. Par exemple, la brochure abordant la sélection hôtellerie est maintenant présentée par zone (point d’eau, douche, bain, toilettes, robinetterie).
Par ailleurs, les formations et e-formations des ATC (attachés technico-commerciaux) et hôtesses de showrooms va se renforcer, tandis que le groupe intensifie son action avant-vente et après-vente auprès des installateurs via son Réseau Ideal Pro (200 entreprises membres) afin de recueillir leurs avis, notamment, lors de tests produits.
Enfin, un nouveau site web grand public doit être lancé courant mars. Il sera équipé d’un configurateur en juin qui s’enrichira d’une application de “réalité augmentée“, en principe, début 2015. Ce sont là autant de nouveaux outils qui devraient aider l’industriel à aborder un exercice 2014, a priori, encore en berne selon les prévisions (-3 % en valeur à 1,238 Md€ et -2 % en volume). Stéphane Vigliandi



Offre : les nouveautés 2014


« En dépit d’un contexte difficile sur le marché français, 2014 est une année phare pour nous en termes de nouveautés produits ; notamment pour Porcher », observe Véronique Ollivier, DG France d’Ideal Standard. Inventaire.


● Porcher

Proposant « un design à prix abordable », la collection Ulysse est lancée en avril : une gamme de meubles de salle de bains (3 finitions) destinée au résidentiel neuf. Les robinets à économie d’eau Okyris s’étoffent de deux nouvelles lignes : Blue Clinic (en avril) et Electronique (en mai). À noter aussi pour le secteur scolaire : la sortie en mars d’abattants colorés aux contours arrondis (School).


● Ideal Standard

Les 350 showrooms du négoce spécialisé, avec lesquels travaille le groupe(à fin 2013), ont accueilli en janvier la gamme Dea (2 finitions céramique et 7 finitions de mobilier) qui propose, notamment, une baignoire en îlot. Sortie aussi en janvier : Connect Freedom (offre accessibilité) et les WC Connect sans bride (technologie déjà présente chez Porcher depuis 2009). Pour les comptoirs et LS des négoces : les lignes Kheops et Kheops+ s’enrichissent avec l’arrivée du robinet Kheops Design (janvier).


● Jado

Après Jess en 2013, la marque de robinetteries haut de gamme recense une unique nouveauté cette année encore (en avril) : la ligne Joy (création d’Artefakt) distinguée par l’IF Design Award 2014 (prix du meilleur design).



Un marché du bain toujours déprimé en 2013


En valeur (en M€)Évolution 2013 vs 2012 (en %)
Céramique 284 -9,4
Robinetterie 295 -6
Baignoires et bien-être 420 -8
Meubles et accessoires 278 -6
Total marché 1 277 -7
Source : Ideal Standard France (avec Banque de France, BRG, I+C)

http://www.zepros.fr/batiment/actualites-metiers/16191/Ideal-Standard-les-effets-positifs-d-une-strategie-de-marques.html

samedi 1 février 2014

Succès aux prud’hommes des ex-Porcher

REVIN (08). Depuis, la tour de l’usine a été rasée et l’ensemble du site industriel racheté par la commune de Revin, qui va tenter de faire de cette friche une zone de redynamisation, pour un euro symbolique… Depuis, moins de la moitié des anciens salariés ont retrouvé un travail pérenne.

Mais vendredi, environ trois ans après que les portes de l’entreprise se soient fermées, les quelque 120 ex-employés de Porcher Revin ont enfin obtenu un début de réconfort : la justice prud’homale a considéré le licenciement de 110 d’entre-eux comme « sans cause réelle et sérieuse ».

Elle s’est, en revanche, déclarée incompétente pour ce qui concerne la dizaine de salariés protégés (élus du personnel), l’administration ayant, en effet, en son temps validé leur licenciement. En ce qui les concerne, un autre combat procédural va donc commencer.

Question de périmètre

L’avocat Philippe Brun qui s’est dit satisfait vendredi soir de ce jugement (pour les 110 salariés) avait contesté notamment la cause économique avancée par Ideal Standard, le géant du sanitaire, propriétaire d’alors.

« Le groupe multinational avait limité à la France son analyse alors qu’il est présent dans plusieurs pays européens. Le périmètre de son argumentaire économique était donc à l’évidence erroné… », estime l’avocat. Ce dernier avait également plaidé l’absence ou en tout cas l’insuffisance des offres de reclassement.

Vendredi, les attendus du jugement n’étaient pas encore connus. On ignore donc le montant des indemnités et dommages fixés. Et évidemment, un appel est possible. Par ailleurs, d’autres procédures sont encore en cours concernant l’exposition à l’amiante des anciens salariés.

Par Philippe Mellet

mercredi 29 janvier 2014

Porcher, le difficile retour à l’emploi

REVIN (08). Il y a deux ans, l’usine numéro 1 de fabrication de sanitaires fermait ses portes. Aujourd’hui, certains ont réussi leur reconversion tandis que d’autres cherchent toujours un travail.

La fonderie Porcher, ce colosse aux pieds d’argile, est inscrite depuis des années dans la vie des Revinois. De génération en génération, des grands-pères aux petits-fils, tous se sont succédé au sein de cette usine. Mais tout ça s’est terminé au mois de mai 2011. L’usine Porcher qui faisait partie intégrante de la vie locale a fait ses bagages pour la République Tchèque et l’Italie, afin de maximiser son profit. Et pourtant à Revin, elle fait encore couler beaucoup d’encre et continue à faire parler d’elle aujourd’hui.

Les ouvriers, qui avaient moins de 50 ans au moment de la fermeture de l’entreprise, sont en fin de droit, cette année. Tandis que les derniers ayants droit pourront en bénéficier, jusqu’en 2016. Vendredi, ils seront fixés sur la suite donnée à leur procès contre l’usine pour la présence d’amiante et sur leur recours auprès des prud’hommes. Lancés à la fermeture de l’entreprise, ces recours en justice comportaient cinq chefs d’accusation.

Entreprise familiale

Parmi la centaine de salariés, certains ont réussi leur reconversion tandis que d’autres cherchent encore du travail. « Une quarantaine a retrouvé un emploi, une trentaine est en CDI et le reste se trouve en intérim ou sous contrat à durée déterminée », souligne James Thierry  ancien responsable de la cellule de reclassement de l’usine. Lui, fait partie de ceux qui cherchent encore du travail. Il se souvient : « L’entreprise était familiale. Mon grand-père et mon père y avaient travaillé quand j’y suis arrivé en 1974. » Licencié en septembre 2012 de chez Porcher, il trouvera un emploi d’un mois dans une entreprise de chaudronnerie avant d’effectuer un stage de procédure de soudage et de lecture de plan pour se remettre à niveau. Inscrit dans une agence d’intérim, celui-ci cherche toujours un emploi. Un peu dépité, il confie : « Je trouve soit des emplois mal payés à plusieurs kilomètres de ma maison à Revin, soit des jobs où les compétences ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Les entreprises veulent des professionnels au même prix que des jeunes débutants. »

D’autres ont retrouvé du travail assez rapidement. C’est le cas de Michel Philippe, maire d’Anchamps, qui a exercé à Porcher pendant 22 ans. Licencié en avril 2011, il part travailler dans une usine de carrelage dans le Nord, avant de rejoindre l’entreprise Godin de fabrication d’émaux à Guise dans l’Aisne. « Je n’ai pas adhéré au plan de reclassement car je ne trouvais pas de travail », se souvient-il. Et d’ajouter : « Les gens du village qui travaillaient chez Porcher se sont pour la plupart reconvertis. »

Yves Riblet a, lui, travaillé chez Porcher, pendant 33 ans. Il se souvient : « Après mon service obligatoire, les patrons étaient obligés de reprendre les militaires et j’ai fait partie de la nouvelle équipe. C’était Germinal, là-bas, on ne roulait vraiment pas sur l’or. J’ai connu de bons moments avec les collègues mais les dix dernières années ont été très difficiles ». Et d’ajouter : « Les tâches n’étaient pas très valorisantes, fallait toujours être plus rentable mais l’entreprise nous permettait de vivre. » Il a réussi sa reconversion dans la fabrication de jouets pour enfants. Celui-ci est devenu auto-entrepreneur chez lui à Anchamps. « Amoureux du bois, j’avais déjà un CAP de modeleur sur bois, en poche. J’ai donc passé un stage dans le Jura pendant mon congé de reclassement et rencontré un créateur d’entreprise. Puis, j’ai acheté une franchise et déposé un brevet pour exercer avant de me lancer sur le marché. »

Même si la majorité des anciens ouvriers se trouve encore confrontée à la difficulté de trouver un emploi, certains ont tout de même réussi à rebondir.

Par Gaelle LIOT

mercredi 26 juin 2013

Les Prud'hommes renvoient l'affaire Les 124 ex-Porcher devront attendre l'automne

Déception hier pour les 124 ex-salariés d'Ideal Standard, qui attendaient fébrilement la décision du conseil de Prud'hommes de Charleville-Mézières. Suite à l'audience marathon du mois dernier (nos éditions du 18 mai), les conseillers prud'homaux n'ont pas réussi à se mettre d'accord. Ils ont décidé de renvoyer l'affaire devant un juge départiteur (un juge professionnel du tribunal de grande instance). Celui-ci réentendra tout le monde en octobre, à une date qui n'a pas encore été précisée. Les ex-Porcher devront s'armer de patience, car à l'issue de cette audience, tout porte à croire que le jugement sera de nouveau mis en délibéré. Pour mémoire, l'affaire avait été examinée durant six heures le 17 mai dernier. Défendu par le médiatique avocat Philippe Brun, les 124 ex-Porcher se battent sur deux plans. Ils veulent faire reconnaître d'une part un licenciement sans cause réelle et sérieuse, d'autre part un préjudice d'anxiété liée à leur contact répété avec l'amiante. Devant les juges, Maître Brun avait estimé que l'employeur avait « manqué à son obligation de reclassement », en ne proposant quasiment aucun poste aux employés, et qu'il y avait eu « violation de l'ordre des départs ». L'avocate d'Ideal Standard avait avancé que les salariés, dans le cadre du plan social, avaient signé un accord leur donnant droit, en particulier, à une indemnité de 30 000 euros, accord qui rendait « leurs réclamations irrecevables ». Concernant l'amiante, qui a rendu malades au moins trois salariés entre 2008 et 2010, Philippe Brun avait rappelé que l'entreprise avait tout fait pour éviter une expertise des lieux, qui en étaient pourtant remplis. Rappelons que les sommes en jeu sont colossales. En additionnant les dommages et intérêts demandés, en faveur des 124 ex-salariés, pour le licenciement, pour la violation et pour le préjudice d'anxiété, Ideal Standard pourrait, en théorie, être condamné à verser jusqu'à 20 millions d'euros. Guillaume LÉVY

mardi 11 juin 2013

Ideal Standard : d'anciens salariés montent au créneau

REVIN (Ardennes). L'association Au temps des Porcher, regroupant d'anciens salariés d'Ideal Standard, tient à apporter des précisions sur la dépollution du site et la revitalisation du bassin d'emploi.



Jusqu'ici, elle était restée fort discrète… L'actualité des dernières semaines, concernant la dépollution du site Ideal Standard et la revitalisation du bassin d'emploi l'auront fait sortir de sa réserve.

Créée au lendemain de la fermeture d'Ideal Standard, en juillet 2011, l'association Au temps des Porcher, présidée par Marie-Claude Moriau (*), est en colère et le fait savoir via un très long communiqué.

Tout d'abord, l'association veut rappeler que le dossier amiante a été « monté jusqu'au bout par le CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail), en imposant les analyses nécessaires » et poursuit : « C'est lui qui a mis Ideal Standard devant ses responsabilités et ainsi la réglementation a été respectée ! De ce fait, des travaux que nous espérons réglementaires suite à des préconisations qui ont été émises par le cabinet Technologia diligenté par le CHSCT, sont en cours ».

L'association précise à nouveau que l'entreprise Ferrari a été mandatée par la direction pour effectuer le désamiantage. Elle évoque ensuite les six salariés « touchés par l'amiante et reconnus par la CPAM » et s'inquiète : « Dans les années à venir, la liste risque malheureusement de s'allonger ».

En écho aux propos d'élus, Au temps des Porcher regrette également « le coût pharaonique de la démolition et du désamiantage, qui aurait dû servir aux investissements, afin de pérenniser notre site et continuer à faire vivre au minimum 158 familles ».

« Les familles sont éclatées »

Sur les raisons de l'absence des anciens salariés lors de la première étape de la démolition de la tour Porcher, l'association explique : « Les Porcher ne sont pas venus assister au triste spectacle de la démolition de leur usine. Ils n'y étaient pas invités ! Et quand bien même, aucun de nous n'y serait allé. Tous les jours, nous assistons le cœur serré à la disparition de notre outil de travail ».

L'association, se dit par ailleurs « sidérée qu'un vin d'honneur avec petits fours ait été organisé avec les officiels présents ». Pour elle, il s'agit d'« une nouvelle façon de clouer définitivement le couvercle du cercueil de nos emplois ».

Elle s'indigne, dans la foulée, de voir « leur ex-PDG endosser le costume du bienfaiteur, qui entraîne dans son sillage le cortège des officiels à sa suite. Alors que, le seul costume qui lui convienne, dans pareille circonstance, est celui du fossoyeur ».

Enfin, l'association vient apporter des précisions quant à la revitalisation du bassin d'emploi et à l'enveloppe dévolue à cet effet, comme le prévoit la loi : « Dans notre cas, 20 % de cette somme rémunère le cabinet de reclassement. À ce sujet, une trentaine de salariés Porcher ont retrouvé un emploi stable, dont une partie en dehors du département. Les familles sont éclatées. Le personnel sorti du congé de reclassement avec des CDD de six mois et plus, est inscrit aujourd'hui à Pôle Emploi. Il n'y a vraiment pas lieu de se réjouir… »

C'est pourquoi, elle lance cet appel : « Ne croyez-vous pas qu'il est grand temps de faire de l'emploi dans nos Ardennes notre priorité ? »

Enfin, elle termine avec les 20 000 m2 disponibles après réhabilitation du site et qui pourraient être cédés pour l'euro symbolique à la mairie de Revin : « Et pour en faire quoi ? Quand on sait qu'à Revin, les sites aujourd'hui disparus (friche Lebeau, Secomam,…) n'ont jamais été réutilisés. Un peu de modestie… et de respect pour tous les salariés licenciés ! »



(*) Le bureau de l'association est composé de : Marie-Claude Moriau, présidente ; Olivier Herbillon, trésorier ; Yves Bohemitz, secrétaire.

jeudi 6 juin 2013

Les derniers jours de la tour Porcher

REVIN (Ardennes). Hier matin, la pelle à cisaille a entamé le gros œuvre, grignotant à chaque fois un peu plus de la tour Porcher. Il ne devrait rien en rester d'ici à la fin de semaine.

Des craquements résonnent. Autour du bâtiment, s'échappent quelques nuées de poussières.
Démarrée le 28 mai dernier (voir nos éditions du 29 mai) avec la destruction d'une partie en haut du bâtiment, la démolition de la tour Porcher a pris une tournure plus spectaculaire hier matin. L'impressionnante pelle à cisaille, telle une mâchoire mécanique géante a commencé le gros œuvre. Elle décortique minutieusement, petit à petit, la tour, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien.
Comme l'avait relevé lors du premier coup de pelle à cisaille, Benoît Marsaud, président d'Ideal Standard industries France, le préfet Pierre N'Gahane et le maire Alain Roy, avec la disparition de la tour Porcher, c'est un symbole qui s'en va : un pan de l'histoire industrielle de la ville.

L'occasion de jeter un p'tit coup d'œil dans le rétroviseur.
Si la tour à céramique a été vraisemblablement construite dans les années 50, l'entreprise Porcher, quant à elle, existe à Revin depuis beaucoup plus longtemps. Emile et André Porcher créent, en effet, la première usine de sanitaires française à Revin, dans le quartier de la Bouverie en 1886.

La gravité avait un rôle dans le process

L'on retrouve traces de la tour, dans un article de L'Ardennais paru le 20 septembre 1960 relatant les travaux entrepris pour la création d'une nouvelle fonderie : « L'atelier de préparation des émaux disparaîtra pour prendre place dans la tour de sept étages en voie d'achèvement. »

La tour comptait en fait six étages, sans prendre en compte le local du monte-charge.
D'après des témoignages d'anciens ouvriers, le fonctionnement des ateliers à l'intérieur était pensé en lien avec la gravité. Les éléments étaient stockés et triés au dernier étage. Ils subissaient ensuite dans les étages inférieurs les diverses transformations, jusqu'à être réduits en poudre pour obtenir la céramique nécessaire à la fabrication des appareils sanitaires. « À chaque étage, il y avait un processus de fabrication différent. La gravité était utilisée pour faire descendre les produits », confirmait Benoît Marsaud. Hier après-midi, l'inscription « Porcher » était encore visible depuis la rue Pasteur, en haut du pont de la Bouverie, mais elle ne le sera plus pour très longtemps, a priori. La démolition de la tour devrait en principe s'achever en fin de semaine.


Céline SOUHAMI

mercredi 29 mai 2013

Porcher : la tour démolie par étapes

REVIN (Ardennes). Une page s'est presque tournée. Symbole du passé industriel Porcher puis Ideal Standard, la tour a subi les premiers coups de cisaille, hier matin. L'ensemble de la structure devrait être détruit d'ici la fin de la semaine.

Datant vraisemblablement des années 1950, elle se faisait vieille et était même perçue comme une verrue par des habitants. Symbole d'un pan de l'histoire industrielle de la Ville, la tour Porcher va être détruite. Par petits bouts.

Mardi, il ne s'agissait, en effet, que d'une entrée en matière. « C'est une méthode par grignotage qui est plus douce que l'abattage », faisait remarquer Aurélien Jeandel, de l'entreprise Ferrari, en charge du chantier de réhabilitation, qui a démarré en septembre 2012.

Parmi la trentaine de personnes réunies (*) sur le site sécurisé par le coordinateur Stéphane Colombet, le constat renvoie à ce sentiment d'abandon : aucun ancien salarié n'était présent. Sans doute, la blessure de la fermeture d'Ideal Standard en 2011 est encore trop vive. Seul Michel Reneaux, dont le grand-père a travaillé chez Porcher en tant que directeur du secteur céramique à partir de 1918, est venu témoigner de cette époque : « Pour moi, c'est toute ma jeunesse. Je connais la tour depuis 67 ans alors pour moi, c'est quand même un pincement au cœur ».

Vers 11 h 20, la pelle à cisaille s'est mise en branle. La méthode est presque chirurgicale. À trente mètres du sol, la charpente métallique du local technique n'a pas résisté à ses assauts, partie en lambeaux. « Aujourd'hui est un jour particulier car c'est une tour symbolique que l'on voit de loin », relève le président d'Ideal Standard industries France Benoît Marsaud.

Le reste suivra dans les prochains jours. Le moment le plus émouvant sera d'ailleurs, certainement, la disparition de l'inscription Porcher.

« Un pincement au cœur »

En attendant, ce fut l'occasion de faire le point sur ce chantier de réhabilitation, très encadré par les services de l'Etat et plus particulièrement de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Champagne-Ardenne (Dreal).

Des travaux effectués dans le respect de la loi et des règles, répondant notamment à ce principe : « Tout ce qui ne peut pas être utilisé est détruit », comme le souligne Mme Avril, chef de l'unité territoriale de la Dreal Ardennes.

La partie expédition, bureau, local publicitaire, le box face à la cour à charbon, les magasins des Terres et la salle de pesée, par exemple n'existent plus. « Nous avons procédé au désamiantage et curage. Le traitement des matières polluées a été effectué en toute transparence avec une traçabilité pour les types de déchets », indiquait Aurélien Jeandel.

La fin de réhabilitation du site étant prévue pour septembre 2013. Dans le même temps, les services de l'Etat espèrent une concrétisation de l'acte de cession du site pour l'euro symbolique à la ville de Revin.

Les bâtiments d'une surface totale de 20 000 m2 auxquels s'ajoutent 12 000 m2 en sous-sol seront ensuite prêts pour être réutilisés, réindustrialisés.

Céline SOUHAMI

mardi 28 mai 2013

La tour Porcher rasée ce matin

REVIN (Ardennes). Encore un pan économique qui disparaît. Aujourd'hui, la tour Porcher située rue de La Céramique sera détruite dans le cadre de la mise en sécurité de l'ancien site industriel.

À l'agenda du jour du préfet des Ardennes : une visite, ce matin, à 11 heures à Revin. Le représentant de l'État y tiendra une conférence de presse sur l'état du chantier de mise en sécurité et de réhabilitation du site industriel, abandonné en 2011 par Ideal Standard Industries.

Un rendez-vous qui sera marqué par la destruction symbolique de la tour Porcher qui culmine l'endroit, rue de la Céramique. « S'agissant de ce volet environnemental, partie intégrante du fonds de revitalisation Ideal Standard, l'exploitant était assujetti à des obligations réglementaires auxquelles il s'est plié sans rechigner. Ce qui nous a permis grâce à la collaboration de M. Marceau, directeur Europe du groupe américain, de mettre en place un plan de réhabilitation très correct », relate Pierre N'Gahane.

Une zone à reconstruire

L'exigence imposée au fabricant d'appareils sanitaires (lavabos, bidets, receveurs de douches…), l'a amené à entamer dès novembre 2011 une procédure de gestion du site. Pour cela, l'exploitant a fait appel à un prestataire spécialisé, la société Ferrari, chargée de coordonner et traiter les grandes manœuvres. Et après les actions de dépollution et de désamiantage, l'évacuation des déchets après tri et conditionnement, le vidage des sous-sols, le nettoyage des crassiers et la démolition des bâtiments secondaires, cet ensemble foncier de quatre hectares totalement remis en état pour une réindustrialisation de ce secteur fera l'objet d'un don pour l'euro symbolique à la ville de Revin qui aura alors la mission de redynamiser cet ancien fief industriel.

La planification des travaux a abouti à la seule conservation du bâtiment principal de production et de l'ensemble, dit « hôtel », qui abritait des bureaux à l'entrée du site.

À noter que le chantier, toujours en cours et qui se terminera à la fin de l'année, a été rendu complexe par l'accumulation de déchets en sous-sol et dans les zones non abandonnées. Comme l'ancienne fonderie. Ce qui a d'ailleurs allongé les délais initialement programmés. 20 000 mètres carrés et quelques bâtiments seront ainsi exploitables dès 2014 pour un usage industriel ou artisanal.

Paralysé depuis des années par un manque de foncier, Revin avait besoin d'une telle opportunité pour se refaire un peu la cerise. D'autant que le sort d'Electrolux reste toujours en suspens…

Pascal REMY



Revin : destruction de la tour Porcher

Ce patrimoine industriel disparaitra du paysage revinois afin de permettre la réhabilitation de ce site industriel. Les travaux débutent ce mardi 28 mai 2013 sous les yeux des riverains nostalgiques.

Porcher à Revin, c'est une histoire de plus d'un siècle. A l'instar de nombreuses industries dans les Ardennes, l'entreprise connaît un essor important jusqu'au milieu des années 70. Secoué par la crise, le groupe doit être revendu à deux reprises. Le site de Revin ne survivra pas à la mondialisation.

Voir les images de la destruction


Le site Porcher était installé sur 15 000 m² de terrain et fonctionnait avec plus de 1200 salariés en 1960. 16.000 baignoires en fonte en sortaient chaque mois dans les années 70. Porcher était un des deux poumons économiques de la ville de Revin, avec Electrolux.

L'arrivée dans les Ardennes du groupe industriel sanitaire remonte à la fin du XIXème siècle, afin de se lancer dans la fabrication de baignoire.
L'activité y est ralenti par les deux guerres mondiales. Elle reprend de plus belle lors des 30 glorieuses, et se diversifie dans la céramique ou la robinetterie notamment. Porcher jouit d'une réputation de grande qualité, et équipe des clients de prestige. Si bien que l'entreprise devient dans le domaine un leader national.

Malgré des modernisations successives de ses 5 sites en France, le groupe plus que centenaire décide de revendre son capital en 1992 à un groupe américain, Ideal Standard. 15 ans plus tard, en 2007, l'entreprise est de nouveau rachetée par un fonds d'investissement Bain Capital Partner.
Une revente qui va être synonyme d'une longue agonie pour les près de 180 salariés restants.

Devant la chute du marché de la céramique en Europe, les objectifs de production sont réduits de moitié en moins de 2 ans. L'activité de fonderie est même abandonnée et le chômage partiel s'installe.
Enfin, le groupe décide de réorganiser sa production. L'usine mère de Porcher à Revin ferme définitivement ses portes le 22 avril 2011.

Par Lionel Gonzalez
Publié le 28/05/2013 | 12:00, mis à jour le 28/05/2013 | 12:06

lundi 27 mai 2013

Ideal Standard / 119 emplois déjà validés

ARDENNES. Tenu à une obligation de revitalisation destinée à atténuer les effets du licenciement collectif de 142 salariés, Ideal Standard a aidé à maintenir, créer ou renforcer 119 postes de travail sur le bassin d'emploi.
SOUMIS à un contrat de revitalisation depuis qu'il a abandonné son site revinois, Ideal Standard - par le biais du cabinet Altedia - s'emploie, depuis le 15 septembre 2011 et pour une durée de trois ans, à effacer la dette sociale qu'il a laissée dans les Ardennes avec la suppression de 142 emplois qui a précédé la fermeture de l'entreprise de la Bouverie.
Pour cela et jusqu'au 14 septembre 2014, le groupe américain doit contribuer à reconstruire ou renforcer le même nombre d'emplois.

Au profit de quinze entreprises

Selon les derniers comptages réalisés par les services de l'État (*), 119 emplois pour une enveloppe financière de 359 000 euros ont déjà été validés dans le cadre de cette procédure.
38,5 emplois ont été effectivement créés. Les autres ont été préservés, sauvegardés ou développés (passage, par exemple, d'un CDD en CDI à temps plein ou partiel)
Quinze entreprises en développement ou ayant besoin d'un coup de pouce salvateur ont ou vont être concernées par cette aide à laquelle les entreprises de plus de 1 000 salariés sont contraintes par la loi (1).
Le territoire concerné par ce fonds qui comprenait d'abord les cantons de Revin, Nouzonville, Monthermé, Renwez et Rocroi a été étendu à tout l'arrondissement de Charleville-Mézières.
« Après la période assez conflictuelle qui avait suivi le départ de l'entreprise que mon prédécesseur avait appris par voie de presse, Ideal standard est, par la suite, rentré dans un dialogue plus constructif. Le groupe américain a assumé sa responsabilité sociale et été à la hauteur de ce qu'on attendait de lui. Il a mis les conditions et les moyens pour traiter la question sociale d'une manière convenable », constate le Préfet en faisant le point de la situation.

Une enveloppe globale de 808 000 euros

Pour Pierre N'Gahane qui avait repris ce dossier deux semaines après son arrivée dans les Ardennes, la structure d'accompagnement et de reclassement choisie par Ideal Standard a rendu une copie « assez intéressante et correcte ».

« Il y a eu un effet de levier incontestable. Et même si on peut encore regretter que le groupe n'ait pas, durant une décennie, prodigué les efforts nécessaires pour rester sur le site, le nouvel objectif qui lui est assigné sera réalisé d'ici seize mois. »
À la lecture du tableau récapitulatif publié ci-dessous (2), les observateurs locaux regretteront toutefois que Revin ne s'y retrouve pas.
Le représentant de l'État a sa réponse. « Outre cette convention de revitalisation dans laquelle il va engager 808 320 euros, Ideal Standard s'est aussi engagé à assurer la dépollution et le désamiantage du site industriel abandonné. Et une fois ce chantier, encore en cours, achevé, toute cette réserve foncière (près de 4 hectares), sera cédé pour l'euro symbolique à la ville qui pourra ainsi, à partir de 2014, opérer sa reconversion et sa réindustrialisation en accueillant des investisseurs. »
Confronté depuis longtemps à un récurrent manque de terrains « intra-muros », Revin et par ricochet la communauté de communes « Ardenne Rives de Meuse », aura donc là l'opportunité de combler cette carence. Un moindre mal…

(1) Dans les Ardennes, quatre autres fonds du même type sont recensés. Ils concernent Nexans à Fumay, Delphi à Donchery, PSA à Charleville-Mézières et le fonds départemental mutualisé.
(2) Hormis le fait qu'aucune entreprise revinoise a profité du dispositif, Philippe Brun, avocat des ex-salariés d'Ideal Standard estime que, seulement, 22 de ceux-ci ont retrouvé un emploi en CDI. Alors que trois autres ont créé leur entreprise.

Pascal REMY



Voici la liste des projets qui ont déjà été validés :
Les Fonderies Nicolas à Nouzonvile : 36 emplois pour une aide de 108 000 euros. Usines du Paquis à Nouzonville : 28 emplois (84 000 euros). FBA à Bogny-sur-Meuse : 10 emplois (30 000 euros). UCMAI à Nouzonville : 8 emplois (24 000 euros). Les Ateliers des Janves à Bogny-sur-Meuse : 6 emplois (19 000 euros). RBN aux Mazures : 5,5 emplois (16 500 euros). Sarl Arthur à La Grandville : 5,5 emplois (16 500 euros). Sefac à Monthermé : 5 emplois (16 000 euros). Efibat à Secheval : 4 emplois (12 000 euros). Plimetal à Tournes : 4 emplois (12 000 euros). Pire Usinage et Mécanique aux Hautes-Rivières : 2 emplois (6 000 euros). UTN à Thilay : 2 emplois (6 000 euros). PCS à Deville : 1 emploi (3 000 euros). Eyrard à Monthermé : 1 emploi (3 000 euros). FD FAB à Sormonne : 1 emploi (3 000 euros).
Total des emplois créés, renforcés ou sauvegardés : 119. Aide globale injectée à ce jour : 108 000 euros.

Les modalités de l'aide

L'aide pour la création ou le maintien d'emploi accordée aux entreprises sollicitant le fonds de revitalisation Ideal Standard s'élève à 3 000 ou 4 000 euros par emploi s'il concerne un ex-salarié de la société revinoise.
Le versement des subventions s'effectue à raison de 50 % au terme de la période d'essai et de 50 % à plus de six mois de présence dans l'entreprise soutenue.
Le fonds vise prioritairement les entreprises à caractère industriel ou dans des activités connexes à l'industrie.

samedi 18 mai 2013

Licenciement abusif et exposition à l'amiante : Ideal Standard devant les juges

CHARLEVILLE-MEZIERES (Tribunal de grande instance). Six heures d'audience, 124 licenciés d'Ideal Standard, un avocat médiatique (Philippe Brun), une entreprise mythique (Porcher), des dommages et intérêts qui pourraient se chiffrer en dizaines de millions : ce procès-fleuve restera dans les mémoires.

Vendredi matin, sous une pluie fine, ils sont plus d'une centaine de Revinois, et plus largement d'Ardennais, à faire les cent pas sur le parvis mouillé du Palais de justice, à Mézières. La salle du conseil de Prud'hommes de Charleville n'étant pas assez grande pour accueillir tout le monde, le procès tant attendu a lieu au TGI, dans le cadre de ce qu'on appelle une « audience foraine ».

8 h 40. Tous les regards se tournent vers la rue. Me Brun arrive, précédé de sa tignasse poivre et sel. Le célèbre avocat qui, depuis son premier procès, il y a vingt ans à Reims, contre le groupe Vuitton, s'est fait une spécialité de la défense des travailleurs, demande du renfort. Preuve de l'ampleur du procès, il faut quatre gaillards pour porter toutes les pièces du dossier.

Le portique de sécurité passé, chacun s'installe dans la salle d'audience. Le procès va commencer. Il durera jusqu'à 15 h 30. Sur les 148 salariés mis à la porte le 22 avril 2011, lorsqu'Ideal Standard a fermé Porcher, 124 ont décidé de se battre en justice.

« Parmi eux, seuls 22 ont retrouvé un emploi en CDI et trois ont créé leur entreprise, glisse Philippe Brun. Leur moyenne d'âge au moment du licenciement était de 49 ans, et leur ancienneté moyenne était de 24 ans. » Devant les Prud'hommes, sa plaidoirie, écoutée quasi religieusement, vise à faire reconnaître deux fautes : primo un licenciement sans cause réelle et sérieuse, secundo un « préjudice d'anxiété » liée à l'amiante.

Dans le premier cas, il explique que l'employeur « a manqué à son obligation de reclassement ». En clair, il aurait fallu proposer des postes aux salariés dans l'ensemble du groupe ISI (11 000 salariés dans le monde, dont ceux d'Ideal Standard), et couvrant tout le secteur d'activité du groupe.

Au lieu de ça, sept postes seulement ont été proposés en France, et 33 en Europe (sur 4 400), tous requérant un haut niveau d'études, et tous destinés à ne produire qu'une seule catégorie de produits (la céramique). Philippe Brun entend ensuite démontrer qu'il y a eu « violation de l'ordre des départs ». Par exemple : « Pour le personnel cadre, a été prise en compte l'ancienneté du salarié, et pour le personnel non cadre a été pris en considération le niveau de qualification […]. Le choix des salariés à licencier n'a pu qu'être entaché d'irrégularités. »

Face à lui, l'avocate Drossoula Papadopoulos, défendant Ideal Standard, rappelle que dans le cadre du plan social, les salariés ont signé en mars 2011 un accord leur donnant droit notamment à une indemnité de 30 000 euros. Et qu'à ce titre « leurs réclamations sont irrecevables ».

Philippe Brun répond que l'argument n'est pas valable, en s'appuyant sur la jurisprudence de la Cour de cassation.

Des sommes astronomiques

Le second motif de plainte des salariés concerne l'amiante. Entre 2008 et 2010, trois d'entre eux sont tombés malades à cause d'elle. Tous les autres ont peur. Philippe Brun dit les choses sans détour : « Alors que l'entreprise a tout fait pour empêcher une expertise des lieux, l'administration du travail, lorsqu'elle s'est enfin rendue sur place en 2011 et 2012, a rédigé un rapport édifiant : il y avait de l'amiante partout et tous les salariés ont été exposés. Le rapport a clairement pointé la « carence de l'entreprise » sur ce sujet. »

Pour tous ceux qu'il défend, « et qui ne veulent pas subir une double peine, après la perte de leur emploi, celle de leur santé », l'avocat a demandé une indemnité de 30 000 euros par personne. Plus largement, les dommages et intérêts qui ont été réclamés hier pourraient atteindre quelques dizaines de millions d'euros.

Pour le licenciement économique sans cause réelle et sérieuse, l'avocat demande entre 12 et 48 mois de salaires en fonction de l'ancienneté et de la difficulté à retrouver un emploi. Pour la violation de l'ordre des départs, deux ans de salaires.

Si l'on prend le cas de Jean-Pierre (*), les dommages et intérêts demandés se répartissent ainsi : 92.138,88 euros pour le licenciement, 46.069,44 euros pour la violation et 30.000 euros pour le préjudice d'anxiété.

Le délibéré a été fixé au 25 juin.

* Prénom d'emprunt.


Guillaume LÉVY

samedi 27 avril 2013

Début d'incendie chez Porcher

REVIN (Ardennes). Un feu s'est déclaré hier vers 13 h 15 au sein de l'usine désaffectée Porcher, nécessitant une intervention des pompiers de Revin pendant près de deux heures.
Le départ de flammes a été occasionné par la découpe d'une soupente métallique, par une société qui intervient dans le cadre du démantèlement de l'usine.
Le feu a pris en sous-sol. Rapidement sur place, les pompiers ont sécurisé les lieux. Par la voix de son responsable Davy Mothé, la société de gardiennage AVPMTIS a annoncé qu'elle allait « renforcer la surveillance de l'usine toutes les demi-heures ».

lundi 26 mars 2012

Seize ex-salariés d'Ideal Standard se sont inscrits à Pôle Emploi vendredi Scandalisés face au mépris de la direction | L'Union

Bertrand suit actuellement une formation de conducteur de bus et espère, pour lui comme pour ses camarades d'Ideal Standard, retrouver du travail dans le secteur.
Pour seize des licenciés d'Ideal Standard, il n'y a pas eu prolongation des 3 mois de congé de reclassement. Pourquoi ? Ils n'ont toujours aucune réponse. En attendant, ils ont tous été s'inscrire vendredi à Pôle Emploi.

LES visages sont fermés. Non pas résignés, plutôt désabusés, animés d'une colère sourde. Des ex-salariés d'Ideal Standard sortent de l'agence revinoise de Pôle Emploi. Ils viennent tout juste de s'inscrire. « Faut faire avec », commentait une licenciée, ayant travaillé dix ans pour Ideal Standard.
Ils sont quinze, qui, comme elle, ont reçu leur dossier à la mi-mars, signifiant la non-prolongation de leur congé de reclassement facultatif de trois mois (voir nos éditions du 10 et 16 mars).
Et cette même question qui revient : pourquoi ? Pourquoi n'ont-ils pas été prolongés ? Pourquoi n'ont-ils reçu aucun courrier de la direction d'Ideal Standard leur expliquant ce changement de situation ?
Comme si cela ne suffisait pas d'avoir vécu, comme un rouleau compresseur, la fermeture de leur usine l'année dernière. Tous expriment ce même sentiment d'incompréhension : et l'humain dans tout ça ? Hein ?
« C'est énervant. La direction aurait pu avoir le courage, l'humanité de nous le dire au lieu de recevoir de but en blanc notre dossier Pôle Emploi. La. moindre des politesses dans ce cas, c'est d'assumer », confiait une licenciée, ayant travaillé dix ans pour Ideal Standard.
Pour un autre, employé depuis seize ans chez Ideal Standard, la rage s'exprime contre des promesses non tenues par la direction : « Lors de la fermeture, on nous avait dit qu'on nous proposerait des offres en CDI. On n'en a jamais vu la couleur. On n'a pas encore reçu le solde de tout compte. Depuis neuf mois, tout est dans le vague ».

Remontés à bloc
« Au bout de neuf mois, nous voilà arrivés à Pôle Emploi. Maintenant, la meilleure chose à souhaiter, c'est que nous retrouvions un travail. Car des emplois dans le coin, ça va être difficile d'en trouver, va falloir faire des kilomètres », se préoccupe Bertrand, salarié d'Ideal Standard pendant 13 ans, actuellement en formation pour conduire des bus.
Face au mépris révoltant de la direction, les délégués sont rapidement montés au créneau, pour dénoncer d'une part la brutalité de cette décision sans sommation mais également la manière dont la liste des seize concernés a été établie.
« Certains ont reçu un dossier de Pôle Emploi chez eux sans savoir s'ils étaient ou non reconduits. Ces courriers sont en date du 7 et 8 mars alors que leur suivi dans le cadre du congé de reclassement allait jusqu'au 15. Ce qui signifie que les notifications de la part de la direction ont été faites bien avant. J'estime dans ce cas, que la direction aurait dû aussi être capable de faire le solde de tout compte, ce qui n'est toujours pas le cas pour certains. Ils sont soi-disant déjà faits et ne resteraient qu'à les entériner pour être versés pour la fin du mois. Mais j'estime que c'est se foutre de la gueule du monde », s'indigne James Thiery.
Des délégués remontés à bloc, qui ne comptent pas en rester là. Bien sûr, ils ont écrit à la direction. Ils ont également pris rendez-vous le 27 mars avec des responsables de l'inspection du travail et de la Direccte (*) pour leur demander d'intervenir auprès de la direction. « Nous voulons que la situation soit éclaircie vu que M. Janson a pris la décision, seul. Nous voulons des explications », indique James Thiery.
Nous avons essayé de joindre une représentante du cabinet Altedia ainsi que la direction d'Ideal Standard, sans succès.
Céline SOUHAMI
(*) Direction Régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi

Un suivi personnalisé | L'Union

Le congé de reclassement dure neuf mois pour les moins de 50 ans, 12 mois pour les plus de 50 ans et 14 mois pour les 54-55 ans. À terme, s'ils n'ont pas retrouvé de travail, leur dossier est transféré à Pôle Emploi. Ce qui ne signifie pas que leur suivi personnalisé avec le cabinet Altedia s'arrête. Il est prévu pour une durée de 18 mois et donc prendra fin à la mi-octobre 2012. Les seize licenciés d'Ideal Standard continueront donc de bénéficier de ce suivi en même temps que des dispositifs de Pôle Emploi.
Pôle Emploi, qui d'ailleurs s'est préparé à accueillir cette première vague des ex-Porcher, comme l'explique Patrick Léon, directeur du Pôle Emploi à Revin : « J'avais participé à une réunion de la commission de suivi le 23 février avec Altedia pour anticiper les choses. Durant toute la matinée, quatre conseillers ont été affectés à l'accueil des Porcher. Nous faisons en sorte de simplifier les démarches d'inscriptions pour ne pas en rajouter aux tracasseries administratives auxquelles ils doivent faire face. Nous avons initialisé les dossiers d'indemnisations bien que n'ayant pas encore les attestations de l'employeur. C'est exceptionnel. Nous avons eu l'engagement d'Altedia et d'Ideal Standard de nous les communiquer pour le 29 mars. Les seize nouveaux inscrits sont invités à revenir à Pôle Emploi le 2 avril où leur seront présentés les ateliers d'aide à la recherche d'emploi, l'actualisation et l'accompagnement. Il leur sera aussi désigné un conseiller référent pour les suivre dans leurs démarches ».

Dix-sept anciens Porcher à Pôle emploi | L'Union


Marie-Claude Moriau, ancienne responsable du CE, et James Thiry sont révoltés.
Premier jour de chômage aujourd'hui pour dix-sept anciens Porcher et, pour certains, trois mois sans le sou, la direction d'Idéal Standard n'ayant pas prolongé les congés de reclassement.

«J'ai été radiée parce que je n'ai pas accepté deux offres d'emploi au Maroc et en Bulgarie », se désole une ancienne émailleuse de 48 ans de la défunte usine Porcher (Idéal Standard International).
Son congé de reclassement a pris fin, hier, jeudi 15 mars et, à compter d'aujourd'hui, la mère de famille est au chômage.
Jusqu'alors, elle touchait 75 % de son salaire.
A partir d'aujourd'hui, une fois le solde de tout compte et divers congés versés, elle ne touchera plus rien. Ce régime sec durera trois mois, délai de carence oblige.
Comme elle, ils sont dix-sept ex-Porcher à avoir reçu leur dernier salaire hier.
Leur congé de reclassement n'a en effet pas non plus pas été renouvelé (voir notre édition du samedi 10 mars).
Une situation que syndicalistes et nouveaux chômeurs jugent injuste et révoltante dans de nombreux cas.
Parmi ces nouveaux sans emploi, la totalité des femmes de la défunte usine.
Une situation que James Thiry et Marie Claude Moriau, les deux représentants syndicaux, estiment insoutenable.
« Je n'ai reçu aucune proposition d'emploi du cabinet de reclassement Altédia », indique Nathalie Leclet, 42 ans, mère de deux enfants.
« Tous les matins, je fais des recherches par moi-même par internet, à Pôle Emploi. J'ai fait des lettres spontanées. Je n'ai rien trouvé du tout », témoigne-t-elle.
« J'ai très mal vécu le fait que la direction n'ait pas prolongé mon congé de reclassement. J'estime avoir fait toutes les démarches », ajoute-t-elle.

Anomalies

« Il n'y a qu'une seule fois où j'ai refusé un emploi. On me proposait un salaire au SMIC pour faire le travail de deux personnes. Je sais bien que c'est la crise, mais il ne faut pas prendre des gens pour des gogos », témoigne cette ancienne employée du site.
Devant ces anomalies, regrettant le fait que les anciens employés n'aient reçu aucune lettre de la direction les informant de la fin de leurs congés de reclassement, mais, en lieu et place, directement le dossier de déclaration chômage de Pôle Emploi, les syndicalistes ont contacté leur avocat.
Ce manquement au PSE sera ajouté à l'épais dossier de litige constitué par les ex-Porcher contre leur ancien employeur Idéal Standard International.
Par ailleurs, les syndicalistes se réunissent aujourd'hui pour écrire une lettre à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, ainsi qu'à l'inspection du travail pour les informer du non-respect du plan de sauvegarde de l'emploi.
A.J.
Nous avons contacté à plusieurs reprises M. Jansson, directeur des deux sites de Revin et Dole ainsi que le cabinet Altédia mais sans succès.

Dix-sept anciens Porcher pointent à Pôle emploi | L'Union


REVIN (Ardennes). La fin du congé de reclassement des ex-Porcher se termine dans la pagaille et les larmes. En plus, le syndicat conteste la liste des recalés. LE congé de reclassement des anciens Porcher prennent fin dans cinq jours, le jeudi 15 mars, dans la pagaille.
Dix-sept personnes n'ont pas trouvé d'emploi et ont terminé leur formation.
Les principaux concernés n'ont pas encore reçu de lettre officielle de fin de congé de reclassement.
Les seuls qui sont renseignés sont ceux qui se sont rendus à la cellule de reclassement, voir James Thiry, le représentant syndical - qui lui possède une liste - en début de semaine.
Et souvent, les licenciés en sortent déçus sinon révoltés. « Ils ne m'ont jamais fait de proposition de travail. Et j'apprends que mon congé de reclassement ne sera pas renouvelé », témoigne M. Zeghdane, 40 ans, père de trois enfants, âgés de 2 ans et demi à 7 ans, employé à Porcher pendant 15 ans.
L'homme a bien suivi une formation de conducteur de bus à Saint-Quentin qui a pris fin le 24 février mais n'a pas reçu d'offre d'emploi de la part de la cellule Altédia « La direction d'Idéal Standard ne respecte pas le protocole d'accord, ce n'est pas normal », regrette l'homme. Résultat : à la fin de son congé de reclassement, il pointera à Pôle emploi et ne touchera « pas un rond » durant trois mois.
Face à cette situation chaotique, les nerfs de James Thiry, représentant du personnel porcher au sein de la cellule sont en boule.
« M. Jansson, directeur des ressources humaines d'Idéal Standard estime qu'il n'a pas le temps de venir à Revin pour voir les dossiers sensibles comme je le lui ai demandé la semaine dernière. Et j'estime que c'est se foutre du monde », s'étrangle M. Thiry.
Car pour le syndicaliste, rien ne va.

Aucune femme reclassée

Il n'est pas d'accord avec la liste des recalés reçue par mail il y a trois jours.
« Dans le plan de sauvegarde de l'entreprise (PSE), il était prévu que l'on pouvait discuter sur chaque dossier et ce n'est pas le cas », regrette le syndicaliste.
De plus, ils considèrent que des personnes sont radiées alors qu'elles n'ont pas reçu deux offres valables d'emploi.
« Aujourd'hui, on renouvelle qui on veut, quand on veut », estime M. Thiry.
Ceux dont le congé de reclassement ne sera pas renouvelé recevront leurs soldes de tout compte et le paiement de leurs congés, et doivent ensuite se diriger vers la case Pôle emploi.
Toutes les anciennes femmes de la multinationale de produits sanitaires sont dans ce cas de figure.
A Porcher, elles occupaient un poste bien spécifique et ont du mal à répondre aux exigences de polyvalence du marché du travail actuel, tout comme Benoît qui « préparait de la terre pour les moules ».
Benoît, 13 ans d'ancienneté à Porcher, n'a pas non plus été reclassé.
Il est lui aussi dans le flou. En attendant, il enchaîne des formations incohérentes.
Après avoir fait une formation de français et de communication, il s'apprête en effet à suivre une autre de maçonnerie.

Arlyne JEANNOT


jeudi 1 mars 2012

Ideal Standard / La bataille de l'amiante est engagée | L'Union

REVIN (Ardennes). Colère des élus du CHSCT contre la direction d'Ideal Standard, qui leur interdit l'accès de l'usine. Pour les salariés, c'est une punition, après avoir trouvé des traces d'amiante dans l'ancien hôtel de l'usine.

La famille Porcher était réunie devant les grilles de l'usine pour dénoncer les manœuvres de la direction à l'encontre du CHSCT

DE l'amiante, il y en a. Des élus du CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) d'Ideal Standard ont récemment découvert des éléments tressés* potentiellement amiantés dans ce qu'ils appellent l'ancien hôtel, au-dessus du bâtiment administratif, là où autrefois logeaient des ouvriers. Et ils l'ont fait savoir : à l'inspection du travail, à la Carsat, à la Dreal et ont mandaté leur propre cabinet d'expertise.
Sauf que, suite à leur alerte, les tresses auraient mystérieusement disparu. « Force est de constater que des interventions de retrait de produits amiantés ont été réalisées, de façon sauvage, sans information préalable et non encadrées, présumant de potentielles expositions des individus mais aussi la possibilité de pollution des lieux par la remise en suspension de poussières dangereuses », relate Régis Depaix, représentant syndical central et secrétaire du CHSCT.
Et voilà que vendredi dernier, la direction, prenant comme argument la présence d'amiante, décide d'interdire l'accès à leur local de l'usine, leur louant à la place, une chambre au François-Ier.


D'autres produits toxiques



Colère des salariés, qui estiment qu'il s'agit d'un faux prétexte. « Notre local se trouve dans le même bâtiment que le gardien, et la secrétaire, qui eux, sont toujours présents sur le site », s'indigne Régis Depaix.

Pour dénoncer le paradoxe de cette situation et refuser leur déménagement du site, ils ont ainsi organisé un rassemblement symbolique devant les grilles de l'usine, lundi après-midi.

« Dernièrement, il y a eu un comité d'entreprise extraordinaire avec à l'ordre du jour, la fermeture du site pour permettre la mise en œuvre des opérations de désamiantage. L'employeur reconnaît qu'il y a de l'amiante certes, mais les travaux de désamiantage ne peuvent commencer que s'il y a un plan de retrait établi. Or, il n'y en a aucun », déclare Régis Depaix.

Et de l'amiante, les membres du CHSCT en auraient constaté également au niveau du four électrique n°4 monté pourtant en 2000, soit trois ans après la loi interdisant l'amiante. Sans parler des autres produits dits « CMR », cancérogènes ou mutagènes ou toxiques pour la reproduction, tels que le plomb, le cobalt, le titane,…

«Il y en a dans la tour ''fondage'' appelée à être détruite », atteste Dominique, membre du CE et délégué du personnel, et de s'inquiéter : « Tout ce qu'il y avait dedans a été enlevé. Mais il reste des poussières résiduelles ».



« On dérange »


Les élus du CHSCT ont dû transformer cette chambre d'hôtel en bureau d'appoint, trop petit pour accueillir tous les délégués


En attendant, les élus du CHSCT ne peuvent plus exercer leur mission de prévention et de surveillance au sein de l'usine. Constitueraient-ils une gêne pour la direction dans le processus de désamiantage de l'usine ? Telle est la question que se posent les salariés justement. « Comme ça, on n'a plus de droit de regard sur le démantèlement, si tout se fait bien dans les normes. Ou encore vérifier si les personnes qui viennent sur le site sont bien équipées, avec un équipement de protection individuelle (EPI) », précise Dominique.

« C'est un délit d'entrave au fonctionnement du CHSCT. Il y a des choses qui dérangent », estimait Marie-Claude Moriau, déléguée centrale et d'ajouter : « On ne laissera rien passer ».

« Nous avons averti Boris Ravignon et Philippe Vuilque. Nous allons mettre toutes les chances de notre côté », indiquait un salarié.

Nous avons essayé de joindre un responsable d'Ideal Standard, afin d'avoir leur point de vue, sans succès.
Céline SOUHAMI


* Gaine de protection de câble électrique reliés à un câble pyrotechnique pour mesurer la température des fours.

dimanche 26 février 2012

REVIN Porcher : le CHSCT ne veut pas déménager ! | L'Union

Le dossier de l'usine Porcher, fermée depuis plusieurs mois par décision de son actionnaire, le groupe international Ideal Standard, n'est pas achevé.
Loin s'en faut.
Outre le suivi des actions de reclassement des personnels, il demeure la question de la dépollution du site, et celle de l'amiante.
Les élus du CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail), dont le licenciement a été refusé par l'inspection du travail justement pour leur permettre de surveiller les opérations, ont été réunis mercredi.
La direction d'Ideal Standard les a informés que les opérations de désamiantage allaient démarrer.
« Mais il ne nous a pas été délivré de calendrier ! » regrette Me Philippe Brun, qui les assiste.
Plus grave, selon l'avocat, « après nous avoir obligés à aller en justice pour diligenter une expertise sur la question de l'amiante, la direction d'Ideal standard nous a proposé de déménager le CHSCT dans un hôtel de la ville. Ce qui prouve à quel point l'amiante est partout ! Mais pas question de réunir cette instance dans une chambre ou une salle d'hôtel. Nous allons rester sur place et le CHSCT ne sera pas tenu à l'écart. Je n'ai jamais vu cela en plus de vingt ans. Pas question de nous empêcher d'être informé et de suivre les différentes étapes du chantier. Lequel de toute façon ne va démarrer tout de suite, vu la lourdeur des procédures. «
Les élus tiendront un point presse lundi pour alarmer l'opinion et dire leur désarroi.
« Voilà au final qui prouve hélas, c'est dramatique mais c'est logique, que tous les salariés de Porcher ont pu être en contact avec l'amiante » conclut l'avocat rémois.
Ph.M.

mercredi 18 janvier 2012

Que sont devenus les ex-Porcher ?

REVIN (Ardennes) L'annonce de la fermeture de Porcher (propriété du groupe Ideal Standard), le 12 janvier 2011, a fait l'effet d'un coup de massue dans la cité industrielle de Revin. Un an après, que sont devenus les 143 salariés de l'historique usine revinoise ? Le cabinet Altedia, chargé d'accompagner les ex-Porcher, répond que déjà 50 % d'entre eux ont « trouvé une solution ».
C'est difficile, mais les gens s'accrochent

D'abord, il convient de préciser que la fermeture effective de l'usine d'équipements sanitaires en céramique n'a eu lieu que le 22 avril 2011. La première vague de notifications de licenciement n'est arrivée qu'au mois de juin. Elle a concerné 112 personnes. Les autres lettres sont arrivées les mois suivants. En fait, le site compte encore neuf salariés, dédiés par exemple à la maintenance du site, et même, pour l'un, à l'accompagnement du personnel.
Aujourd'hui, aucun ex-Porcher ne pointe à Pôle Emploi. Pour l'instant, ils sont engagés dans un « congé de reclassement ». Ce dispositif est imposé aux entreprises de plus de 1 000 salariés qui licencient pour des raisons économiques. La durée de ce congé est comprise entre 9 et 14 mois suivant l'âge du salarié qui perçoit environ les trois quarts de son ancien salaire brut. Quatre salariés n'ont pas adhéré au congé de reclassement pour des questions de santé ou en raison de choix personnel. Cinq sont ou vont bientôt partir à la retraite.
Sept mois après la fermeture de l'usine, 30 personnes ont retrouvé un travail : 14 en contrat à durée indéterminée et 16 en contrat à durée déterminée de plus de six mois avec un CDI en ligne de mire. Parmi les 30 chanceux, 11 sont allés travailler à plus de cinquante kilomètres de Revin. Ils ont trouvé du travail à Lyon, Laon, Angoulême ou encore Maubeuge. Certains ont retrouvé un travail dans le même domaine : la céramique. Donc, 19 ex-Porcher ont donc été recasés non loin de Revin. Léocadie Fardel, responsable de la région Champagne-Ardenne d'Altedia, explique la démarche de son cabinet. « Nous prospectons les entreprises du bassin et lorsque nous détectons des potentiels de recrutement, nous sollicitons les responsables RH pour échanger avec eux et leur présenter les profils que nous accompagnons ». Altedia a mis cinq équivalents temps-plein sur le dossier à Revin, soit environ un accompagnateur pour 25 salariés. Pôle Emploi est hélas très loin de ce ratio.

Par ailleurs 23 personnes sont engagées dans des formations de reconversion. Elles sont validées en amont par Altedia en fonction des potentiels de recrutement. Les candidats peuvent effectuer des stages préalables et participent à des « enquêtes métier » pour se faire une idée précise de la voie qu'ils choisissent. Certains optent pour des métiers qualifiants dans l'industrie. D'autres changent de cap pour devenir chauffeur de camion et de bus ou se lancent dans des métiers sociaux tels que le service à la personne. L'un des anciens salariés a décidé de créer un commerce.
Effectivement, près de la moitié des ex-Porcher ont donc trouvé une voie. Quid des autres ? Certains sont encore en train de chercher une formation, d'autres travaillent à la création de leur entreprise. James Thiery, l'ex-Porcher chargé de l'accompagnement de ses collègues, témoigne de la difficulté, notamment psychologique, d'affronter ce plan social dans une ville qui en a connu d'autres et qui redoute l'avenir. « Les gens se sentent capables de travailler, mais ils n'arrivent pas à trouver d'emploi. Ils se posent plein de questions mais il n'y a pas de réponses. Ils sont de plus en plus moroses ». Léocadie Fardel relativise cet état d'esprit. « C'est difficile, c'est vrai, mais l'on sent que les gens s'accrochent, qu'ils ont envie ». Mme Fardel se félicite de disposer d'importants moyens, notamment en termes de formation. Le tout est financé par le groupe Ideal Standard qui, paradoxe jugeront certains, se retrouve à investir fortement pour la fermeture de son usine ardennaise.
 
Julien Bouillé

mercredi 7 décembre 2011

James Thiery : un ex-Porcher au service des licenciés

Elisez l'Ardennais de l'année.

Un pan de l'histoire industrielle de Revin s'en est allé avec la fermeture d'Ideal Standard. À travers la vie de James Thiery, un ex-Porcher, c'est un hommage rendu ici à des générations d'Ardennais qui ont participé à la renommée du savoir-faire revinois. Car comme pour tant d'autres, pour ce Revinois, Porcher était une histoire de famille. Son grand-père Gabriel Thiery, né à Revin, était entré dans l'usine de sanitaire en 1934. « Il a commencé en fonderie et a terminé en céramique », indique James Thiery.
Après avoir fait ses débuts à la fonderie Billard, son père, né en 1932 à Saint-Michel, suivra le même chemin quelques années plus tard en 1954 exactement. Il était mouleur à main.
Quant à James Thiery, titulaire d'un CAP de chaudronnerie obtenu au collège d'Orzy, il a démarré chez Dardenne à Haybes, où le rythme hebdomadaire était de 52 heures. Il a ensuite été embauché chez Porcher le 27 septembre 1974. Il avait alors 17 ans.
« À Porcher, on était à 46 heures pas semaine. À l'époque, en 1974, j'ai eu un entretien rapide avec Jacques Thomas, le responsable du personnel. Le chef de service avait dit à mon père qu'il recherchait du monde. Il a obtenu un rendez-vous. Et je me suis présenté sans CV ni lettre de motivation », se souvient James Thiery, qui a, tour à tour, occupé plusieurs postes au moulage. Par la suite, j'ai travaillé à l'entretien général, modelage des métaux, l'atelier acrylique, à l'ébarbage, émaillage, à l'entretien de la fonderie pour le cubilot.
Syndiqué CFDT depuis son entrée à l'usine, James Thiery fait partie des délégués investis dans la bataille des Porcher.
« Pour qu'une entreprise marche, il faut investir dans l'humain et dans le matériel. Ce qu'Ideal Standard n'a pas fait. Et on a fini par mourir », raconte-t-il.
Aujourd'hui James Thiery fait toujours partie d'Ideal Standard. Il continue de se battre pour ses collègues avec les moyens dont il dispose. Il s'occupe du reclassement à la cellule mise en place dans l'ancien local de radiologie de la clinique de Revin. Pour l'heure, la moitié des effectifs a soit retrouvé un travail, soit suit une formation avec promesse d'embauche à la clé. Mais il espère bien que d'ici la fin de cet accompagnement personnalisé, tous retrouveront un travail.
Bien connu dans le monde de l'ovalie, James Thiery œuvre également dans le rugby en tant que président du Rugby olympique de Charleville-Mézières. Il est aussi juge aux prud'hommes.